samedi 29 décembre 2018

L'INFO DE LA SEMAINE - 29 12 2018 - 7:56 -

Anesthésie générale : que se passe-t-il vraiment dans notre corps ?

th (1)On y est. Perfusion intraveineuse en place, masque à oxygène, l’anesthésiste fait inhaler profondément et d’un coup le shoot monte, chaleur partout et bye bye tout le monde…

Mais que se passe-t-il dans mon corps pour que « je m’en aille » comme ça, si vite et si bien et surtout, évidemment, que je revienne, évidemment plus ou moins vite et plus ou moins bien ?

L’anesthésie

L’anesthésie générale a pour but de suspendre passagèrement et de façon réversible la conscience et la sensation douloureuse.
Cette action, obtenue à l’aide de médicaments (drogues anesthésiques) administrés par voie intraveineuse et inhalés, permet de réaliser des interventions chirurgicales et de certains examens invasifs  sans mémorisation et sans douleur.

Elle est accompagnée d’une surveillance constante des fonctions vitales : respiration (fréquence et volumes respiratoires, oxymétrie), hémodynamique (fréquence et rythme cardiaques, pression artérielle), thermorégulation, et tonus musculaire.

En général les médicaments injectés lors d’une anesthésie générale sont de 3 sortes :

-Analgésiques : ils diminuent le retentissement des actes douloureux et sont de 10 à 100 fois plus puissants que la morphine (selon la durée de l’intervention).

-Hypnotiques : ils provoquent une perte de conscience, et le maintien de l’inconscience.

-Curares : ils déclenchent un blocage neuromusculaire, autrement dit une paralysie (arrêt respiratoire par paralysie du diaphragme et des muscles intercostaux).

Le patient est plongé dans un coma artificiel.

Anesthésie et cerveau

Une équipe de scientifiques*, encadrés par le Professeur Béchir Jarraya, neurochirurgien, a publié cet été des recherches qui ont pu expliquer la perte de conscience et, cependant, l’activité ininterrompue du cerveau.

Pour cette étude, les scientifiques ont induit une anesthésie générale chez un primate non humain et enregistré l’activité cérébrale par imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) et par électroencéphalographie (EEG).

À l’état conscient, certaines aires du cerveau, même non connectées anatomiquement, peuvent fonctionner en phase, grâce au phénomène de « réverbération » de l’information dans le cerveau.

Et c’est cette propriété qui est bloquée sous anesthésie générale. L’effet d’une anesthésie générale sur le cerveau correspond à une « rigidification » du cheminement de l’information: l’activité cérébrale est maintenue, mais reste cantonnée aux connexions anatomiques, sans possibilité de générer d’autres flux d’informations plus flexibles.

C’est ce phénomène qui explique la perte de conscience induite par l’anesthésie générale chez un patient.

« Imaginez que notre cerveau soit la planète terre et que l’IRM fonctionnelle soit un satellite surveillant les axes routiers, explique le Professeur Jarraya. Nous avons constaté que, dans l’état conscient, le réseau routier est fluide et flexible : axes autoroutiers et secondaires voient une bonne circulation et une bonne flexibilité dans la gestion des évolutions du flux rencontré par le réseau.

En revanche, en cas d’anesthésie générale, le réseau est cantonné aux axes autoroutiers ».

Le réveil

Comment le cerveau passe-t-il d’un état «déconnecté» au stade «connecté» avec toute son efficacité et ses souvenirs ? Il est difficile de comprendre les effets d’une anesthésie sur la conscience, car elle a pour conséquence de provoquer l’amnésie ou perte de mémoire.

Une étude américaine (effectuée sur des rats) a montré qu’il y avait différents groupes de neurones qui fonctionnent lors d’une anesthésie générale, mais pas tous en même temps et différemment selon la quantité d’anesthésique.

Plusieurs de ces groupes de neurones en activité sous anesthésie semblent servir de réveille-matin pour les autres. La récupération n’est pas seulement le résultat de la disparition de l’anesthésique, le cerveau trouve de lui-même son chemin.

Sommeil, coma, anesthésie générale, quelle différence ?

Le sommeil naturel est « produit » activement par le cerveau et régulé par plusieurs mécanismes.

L’anesthésie générale est un état « passif » du cerveau dans un contexte de prise d’un produit chimique. Cet état dépend donc du produit, du dosage et de la durée d’utilisation. Cette anesthésie provoque une « dissociation » successive de plusieurs circuits cérébraux (ceux impliqués dans la mémoire, l’éveil, la douleur, le mouvement).

Le coma est également un état « passif » du cerveau : face à un produit toxique (coma éthylique), un choc (accident cardiovasculaire, un traumatisme (accident de la route). Le mécanisme est très proche de celui d’une anesthésie.

Les points communs entre sommeil,  anesthésie et coma sont la survenue (naturelle, artificielle ou accidentelle) d’un état de « déconnexion » entre différentes structures cérébrales impliquées dans l’éveil et la conscience.

*(Ont participé à l’étude: l’Hôpital Foch, l’Inserm, le CEA, les Universités de Versailles Saint-Quentin en Yvelines, Paris Sud/Paris Saclay, et Paris Descartes, le Collège de France, les hôpitaux Sainte-Anne et Necker, ainsi que l’Institut du cerveau et de la moelle).

 

 

 

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