Et hop, la belle femme en robe à paillettes est enfermée dans la caisse. Et hop, elle est coupée en deux. Un petit tour de magie et quelques coups de scie pour nous faire pousser des “oh” et des “ah”.

Un grand coup de cape et zou, plus personne dans la boite. Un rideau qui se baisse, et la revoilà, entière, pailletée, souriante: c’est magique !

“Y a un truc“, marmonne mon voisin, bluffé et de mauvaise humeur. Evidemment qu’il y a un truc, mais lequel ?

Les tours de passe-passe de nombreux illusionnistes prennent appui sur nos limites cognitives. Un  illusionniste jouera de miroirs pour tromper la perception visuelle du spectateur, un autre captera notre attention de sa voix forte et de ses gestes assurés, pour rendre invisible le tour qu’il est en train de mettre en place… L’attention que l’on porte est un facteur clé.

FOCALISER NOTRE ATTENTION AILLEURS

La focalisation de notre attention sur un point donné détermine donc à priori l’information qui va se révéler pertinente.  En clair, notre cerveau occulte, avant même d’assister à la scène perçue, une partie de celle-ci.

Quand la scène est perçue, l’information jugée à priori non pertinente est traitée de manière superficielle, ce qui donne lieu à de nombreux biais. Ces derniers font le succès des magiciens en tous genres !

Si la magie nous fascine, c’est qu’elle transforme la réalité en jouant avec nos sens et en manipulant nos perceptions,  nous laissant dans la plus grande perplexité.

C’EST QUOI LE “TRUC” ?

Quel est “le” truc derrière la disparition et la réapparition d’une colombe, le tour de la femme sciée, la lévitation d’objets ? Certes les magiciens utilisent des techniques sophistiquées et disposent d’une dextérité manuelle hors du commun,  mais des travaux récents en psychologie cognitive et en neurosciences montrent qu’il y a aussi tromperie cérébrale !

Les experts en illusions savent manipuler l’attention de leur audience et la détourner à des moments-clefs de leur numéro. Ils font preuve de psychologie autant que d’habileté, jusqu’à « aveugler » notre cerveau. Et ceci, beaucoup plus facilement qu’on ne pourrait le croire.

Les magiciens utilisent le « change blindness” (ou “inattentional blindness”), qu’on peut traduire par “aveuglement au changement”. Lorsque notre attention est focalisée, boniment captivant, scène fascinante, le cerveau est tellement absorbé qu’il est comme aveuglé et ignore les autres informations. Les conditions sont réunies pour qu’un événement évident et normalement inratable, se produise sans qu’on le remarque.

ATTIRER VERS UN LEURRE

Avec leur expérience et leur talent, les magiciens dirigent l’attention des spectateurs et les concentrent sur un leurre ou jouent de l’effet de surprise tandis qu’ils escamotent ou mettent en place leurs “trucs”, habilement, à notre insu. Pour bluffer les spectateurs, le magicien doit  détourner leur attention : il convie un spectateur sur scène, apporte un objet totalement incongru, fait diffuser une lumière particulière.

Les scientifiques appellent ceci une « distraction couverte ».

De même les gestes amples, les moulinets de bras sont faits pour capter notre regard et l’entrainer dans un mouvement où il va suivre les courbes et mouvements alors qu’au même moment notre cerveau tourne à plein régime. Le tour est joué : la carte est glissée dans la manche, le foulard dans le chapeau et nous ne voyons rien…

Nos attentes et nos croyances influencent donc sur ce que nous voyons ou manquons de voir.