Comme tout le monde, vous avez éprouvé cette curieuse sensation d’avoir déjà-vu un endroit jusqu’alors inconnu, ou déjà rencontré une personne que l’on ne connaît pourtant pas, ou encore déjà vécu un événement totalement nouveau…

En fait, selon une étude américaine, 6 personnes sur 10 ont connu au moins un épisode de ce genre au cours de leur vie. Et l’impression de déjà-vu diminuerait avec l’âge et serait favorisée par le stress et la fatigue.

Ce phénomène intrigue et dérange depuis l’Antiquité. Les philosophes platoniciens et pythagoriciens voyaient en lui le souvenir d’une vie antérieure, les stoïciens plaidaient pour “l’éternel retour du même“. Aristote défendait l’idée d’un simple trouble psychique, mais Saint Augustin, au IVè siècle, l’attribuait au démon venant nous tenter avec des idées de réincarnation.

Le phénomène a été décrit dans la littérature classique (ainsi Dickens dans son roman David Copperfield) et son étude plus scientifique a commencé à la fin du XIXe siècle sous l’impulsion de psychiatres, psychologues et neurologues.

Le déjà-vu est une sensation qui s’observe dans deux situations : chez les sujets sains et chez des sujets atteints d’une forme particulière d’épilepsie se développant dans le lobe temporal. Aujourd’hui, plusieurs chercheurs attribuent la sensation de déjà-vu à une défaillance temporaire au niveau de la mémoire. Ou encore à une “fragmentation” de cette dernière qui, pour l’instant, échappe à la compréhension.

Le chercheur Endel Tulving a défini l’existence de deux types de mémoires distinctes : la “mémoire sémantique” et la “mémoire épisodique”. La première est le souvenir du sens des choses, des définitions et autres notions figées: exemple, se souvenir que Paris est la capitale de la France, c’est de la mémoire sémantique.

Dans le cas de la mémoire épisodique, il ne s’agit pas simplement de se souvenir d’informations : il s’agit de “revivre une situation mentalement“. Le “déjà vu” serait lié à un dysfonctionnement de cette mémoire particulière, qui donne l’impression de vivre la situation en temps réel. Une zone du lobe temporal appelée hippocampe tient un rôle particulièrement important dans ces activités de “remémorisation”.

Une hypothèse postule un télescopage entre les zones cérébrales responsables respectivement du “sentiment de familiarité” et du “souvenir“: en temps normal, la zone responsable de la familiarité reconnaît dans un premier temps une situation comme familière. Puis l’hippocampe prend le relais pour expliquer cette familiarité, en ramenant à la surface le souvenir de ce qui s’est passé auparavant. Lors du “déjà vu“, ces deux étapes et la situation apparatrait comme familière tout en paraissant nouvelle.

Selon une autre hypothèse, des images visuelles pourraient être reconnues comme “familières” parce qu’elles arrivent au cerveau de façon décalée, par exemple lorsque l’image venant d’un œil arrive quelques milli-secondes avant celle de l’autre œil, donnant l’impression que l’image a déjà été vue.

(Sources: doctissimo.fr/psychologies.com/ atlantico.fr)