Avant toute chose, il me faut vous parler de cette idée reçue selon laquelle les hommes savent s’orienter, et nous, pauvres femmes dépourvues de matière grise, pas. L’idée que le sens de l’orientation est une caractéristique masculine est profondément ancrée dans tous les esprits. Et de nombreuses études tendent à le confirmer sans tout de même en faire une règle absolue.

Dans un ouvrage intitulé « Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières », les auteurs illustrent avec un certain humour l’idée selon laquelle les femmes n’auraient pas le sens de l’orientation.

Cette idée a été corroborée par de nombreuses expériences menées notamment par Simon Baron-Cohen, un chercheur anglais de renommée internationale. Les travaux de ce spécialiste en psychopathologie du développement ont démontré que les hommes et les femmes avaient des profils cognitifs spécifiques et qu’ils avaient par conséquent tendance à se représenter et à décrire les mêmes itinéraires de manière différente.

En général, les femmes se repèrent selon un espace “vécu” (la pharmacie, l’église…), alors que les hommes abordent l’espace comme un système géométrique. Pourtant,  aujourd’hui, on sait que le rapport entre le poids du corps et celui du cerveau est exactement le même pour le masculin et le féminin. Et l’on sait également que ce n’est pas le nombre de neurones qui importe, mais le nombre et la nature des connexions qu’ils établissent.

Pourquoi les femmes n’ont pas le sens de l’orientation

Mais la plupart des études signalent des petites différences entre le cerveau masculin et le cerveau féminin. Ainsi, en moyenne, les femmes sont un peu plus performantes dans le domaine verbal, spécialement en terme de fluidité et de mémoire à court terme. Elles réussissent un peu moins bien que les hommes pour tout ce qui relève de la visualisation et de la rotation mentale en trois dimensions. Car si ces tests de rotation mentale – on propose une image aux personnes testées et on leur demande de décrire ce qu’elle devient si elle tourne de 90 ou 180 ° par exemple – sont en deux dimensions, les performances sont équivalentes. Les hommes sont-ils meilleurs que les femmes en mathématiques ? Oui, semble-t-il, pour des tests portant sur le raisonnement, mais non pour des tests portant sur les aptitudes au comptage.

On a longtemps cru que ces différences de performances étaient liées au fait que les hommes utiliseraient plus volontiers leur hémisphère cérébral droit, spécialisé dans la représentation spatiale et le raisonnement mental, alors que les femmes s’appuieraient plus sur leur hémisphère gauche, dédié au langage et au raisonnement analytique. N’oublions pas que de tous temps l’homme a été un chasseur qui avait besoin de voir loin, de s’orienter, de calculer des trajectoires…Alors que telle Pénélope, nous l’attendions à la maison. Ceci expliquant cela.

Le GPS nous endort

En fait, avoir le sens de l’orientation n’est pas un don, reçu au berceau, mais le résultat d’un long travail d’observation de son environnement. La première carte a fait son apparition en 2500 avant J-C., en Mésopotamie, et la boussole, au 1er siècle, en Chine. Grâce à eux, les hommes ont appris à se diriger. Aujourd’hui encore, on mémorise la boulangerie du coin, le stop, l’arrêt de bus, quand on s’installe dans un nouveau quartier ou une nouvelle ville. Dans notre cerveau, l’hippocampe (qui joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale) travaille pour constituer une carte mentale.

Il faut du reste savoir que l’hippocampe est une des premières structures atteintes dans la maladie d’Alzheimer, ce qui explique les problèmes de mémoire et de désorientation qui caractérisent l’apparition de cette pathologie neurodégénérative.

Et donc, quand on se fie en permanence à son GPS, le sens de l’orientation ne se développe plus et va même s’atrophier. On perd confiance en soi, on n’ose plus bouger si on n’a pas cette prothèse, et on n’affûte plus son sens de l’orientation.

Les Évenks de Sibérie, peuple nomade éleveur de rennes, sont capables de se repérer sur un immense territoire en observant les rivières et les courants qui le traversent, et nous,  pauvres de nous, nous sommes devenus tributaires d’un accessoire technologique, le “Global Positioning System” ou “Système Global de Positionnement” (GPS), apparu aux Etats-Unis en 1991, et qui s’est immiscé dans notre vie quotidienne, pour le meilleur et pour le pire.

Amis de la poésie, au-revoir

A quoi bon consulter une carte routière ? Il suffit désormais d’effleurer quelques touches de son smartphone ou d’un boîtier de navigation pour se laisser mener à bon port par 24 satellites placés en orbite à quelques 20.000 kilomètres de la terre.

En couvrant toute la surface du globe, les satellites rétrécissent l’horizon imaginaire et donnent l’impression que le monde, bordé de nouvelles limites, est désormais clôturé. On constate que le GPS a presque fait disparaître les cartes routières qui, pour beaucoup, sont synonymes d’évasion et de dépaysement.

L’heure est à l’efficacité. On ne se perd plus, donc on ne demande plus son chemin. Et certains sont déjà nostalgiques de cette période pré-GPS où l’on s’adressait aux rares passants après avoir erré dans la nuit à travers les rues et tourné en rond, au bord de la crise de nerfs…sans se souvenir que l’on tombait presque toujours sur un “étranger” qui ne comprenait pas grand-chose et ne savait rien !

(sources: www.lefigaro.fr /www.voituresaufeminin.fr)