Un lapsus est une erreur commise en parlant (lapsus linguae) ou en écrivant (lapsus calami) et qui consiste à substituer à un terme attendu un autre mot. On  rit de ceux des autres, c’est cocasse ; mais on rougit du nôtre, et de ce  lapsus dont nous venons de prendre conscience nous éprouvons une certaine gêne, comme si nos interlocuteurs voyaient dans l’incongruité du lapsus la manifestation d’une confusion mentale.

Pourtant rien de plus normal qu’un lapsus : tout homme, s’il parle et quand il parle, produit des lapsus. Rien de plus arbitraire aussi qu’un lapsus, du moins en apparence. Involontaire chez celui qui l’émet, ne faisant pas sens, il apparaît comme une bizarrerie risible.

Et pourtant on l’explique : Freud n’y a-t-il pas vu une expression de l’inconscient ? Comme «l’émergence de désirs inconscients, d’un conflit intérieur et de pensées refoulées» ?

Les hommes publics, et en particuliers les politiques ne sont pas les derniers dans le domaine du lapsus : avant Rachida Dati et son embarrassant lapsus transformant «inflation» en «fellation», d’autres personnalités politiques avaient aussi fait sourire malgré elles. Entre Lionel Jospin qui appelle Roselyne Bachelot “Monsieur“, en 2000, Pierre Bérégovoy qui annonce en 1992 une “baise” de l’impôt sur les sociétés et Rachida Dati qui perd son latin en parlant de Lejaby, fabricant de lingerie, le plus célèbre restera sans doute le lapsus du député Robert-André Vivien, qui invitait ses collègues à “durcir leur sexe“, au lieu de leur texte, à propos d’une loi sur la pornographie.

Les lapsus, ces erreurs d’énonciation, donnent l’impression d’être aléatoires. En fait, les linguistes identifient six classes de lapsus qui éclairent les mécanismes de production et de validation de la parole.

Deux difficultés accompagnent l’étude des lapsus. La première vient du fait que ceux-ci sont imprévisibles : certaines homophonies propres à une langue les favorisent mais leur venue, elle, demeure imprévisible.

La seconde  vient du fait qu’ils sont irrévocables : une fois qu’un lapsus a eu lieu, le discours qui ne le prévoyait pas s’en trouve forcément touché. Le mot ou le fragment d’énoncé qui fait lapsus fait irruption en tant que tel, pour son propre compte.

En ce qui concerne la rectification des lapsus, une autre différenciation est nécessaire : celle entre lapsus “entendus” et lapsus “non-entendus“. En effet, seul un lapsus entendu par son locuteur au moment où il l’énonce (oralement ou par écrit) donne lieu à une reprise et correction.

De tels lapsus sont ainsi formellement attestés et leur matériau linguistique est plus riche du fait de la rectification présente. Reconnu par son locuteur, il est alors est pris en charge par celui-ci dans l ‘énonciation, d’une façon ou d’une autre.