Né il y a 20 ans autour de l’organisation Slow Food (manger « bon, juste et propre ») et de Carlo Petrini en Italie en réaction à la «malbouffe », le mouvement a fait des émules partout dans le monde.

Slow cities (bon vivre en ville), slow production (produire durable), slow money (investir dans le local et le bio), Slow management (les dirigeants doivent faire participer leurs salariés), Slow parenting (prendre du temps pour ses enfants), Slow education (lutter contre trop d’activités scolaires), Slow wear (vêtements durables), Slow sex (être à l’écoute de son partenaire), Slow travel (découvrir une région et voyager écologique)… tous revendiquent un grand coup de frein. Ce mouvement a entrainé la création du Citta Slow, réseau des villes lentes, au nombre d’une centaine dans le monde, dont Paris, à cause du Véli’b et de ses vélos en libre service.

Le bonheur avant tout

Partout, les adeptes de la lenteur, journées du « rien faire » ou « pauses » énergétiques se multiplient. Le sloth club au Japon prône un mode de vie plus calme dans un pays où un mot, « karoshi », désigne la « mort par surmenage ».

La « Société pour la décélération du temps » (Verein zur Verzögerung der Zeit) à Klagenfurt en Autriche réunit ses adhérents chaque année en « congrès lent » et le « Unplug Challenge » aux Etats-Unis invite à se débrancher régulièrement (des téléphones, ordinateurs ou télévisions).

Un succès qui s’explique sans doute parce que le « slow », s’il rejoint des courants comme la décroissance ou l’écologie, s’intéresse avant tout à un concept universel : le bonheur.

« Ce n’est pas une guerre à la vitesse mais une prise de conscience. L’impérative nécessité de retrouver le juste rythme en toute chose pour ne pas passer sa vie à courir après », résume Carl Honoré, auteur de L’éloge de la lenteur, best-seller traduit dans plus de 30 langues.

« Le mode de consommation est en train de basculer. Les gens en ont marre de passer leur vie dans les embouteillages, de pousser des chariots dans des hypermarchés. Cette mutation prendra plusieurs décennies », estime Jean Lhéritier, président de Slow Food France.

Rien ne sert de courir…

Formes inattendues de cette prise de conscience : un cadre de chez IBM a lancé « le slow e-mail pour moins et mieux utiliser les courriels » et un prêtre viennois lui a confessé qu’il s’évertuait à « prêcher plus lentement. »

Le concept de la journée de la lenteur est né à Montréal dans l’imagination de personnes que leur activité professionnelle rendait particulièrement réceptives au problème du stress de notre vie moderne.

Humoristes, professionnels de la santé et du bien-être, artistes, regroupés sous le terme de “Lents d’Amérique”, ont réagi en organisant pour la 1ère fois en 2001 une journée dédiée à la lenteur.

L’injonction d’aller plus vite est devenue si banale dans notre société moderne que nous ne n’en mesurons pas assez les effets négatifs. Nous intégrons dès le plus jeune âge l’idée que la réussite va avec la rapidité.

Aux enfants, on demande de devenir autonome rapidement et le rythme qu’on leur impose fait qu’ils se dépêchent sans cesse : pour s’habiller le matin, pour finir leur exercice ou leur repas à la cantine.

Plus les années passent, plus l’ordre d’aller vite devient pressant. Lorsque l’entrée dans la vie professionnelle propulse dans l’univers des cadences et des délais, cette nécessité de la rapidité peut générer un stress important. En valorisant la rapidité d’exécution, on oublie d’évaluer la qualité du travail et son efficacité dans la durée.

Le temps de vivre

Aujourd’hui, c’est la course : on réduit le temps consacré au sommeil, on parle de plus en plus vie, on « se fait » la Thaïlande en 4 jours, et aux Etats-Unis, on a même vu apparaître le « drive through funeral », qui consiste à laisser un mot sur une tombe sans quitter sa voiture !

Pour les défenseurs de la slow-attitude, qui ne sont pas tous des consommateurs de marijuana, la lenteur n’est pas du tout la marque d’un esprit dépourvu d’agilité ou d’un tempérament flegmatique. Elle peut signifier que chacune de nos actions importe, que nous ne devons pas l’entreprendre à la hâte avec le souci de nous en débarrasser.

Valoriser la lenteur,  ralentir le pas pour observer les petits détails de la vie quotidienne, prendre le temps de parler aux autres, flâner, se promener nez au vent, prendre la vie comme elle vient, bailler aux corneilles, autant de comportements qui permettent de savourer la vie.

(A lire : « Vivre plus lentement », de Pascale d’Erm / « L’éloge de la lenteur » de Carl Honoré)